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LE SERGENT JEAN N A PU ETRE SAUVE ! 10 novembre, 2008

Posté par P7R dans : Histoire , trackback

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Soldats du 91ème RI bivouaquant avant l’attaque allemande dans les Ardennes. (mille remerciements à Patrick Pen que je ne sais comment contacter).

Quand j’étais enfant, chaque fois que nous passions devant l’Etoile mon papa qui avait fait la Grande Guerre me disait à propos de la tombe du Soldat Inconnu que c’était là que reposait mon oncle Jean. Puis les années ont passé, les membres de ma famille appartenant à cette génération ont eux aussi disparu et avec eux les derniers souvenirs de cet oncle Jean. Et puis la lecture d’un article signalant la mise en mémoire des fiches de décés de TOUS les morts de 1914-18 sur un site du Ministère de la Défense a aiguisé ma curiosité et voilà ce que j’ai découvert :

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

 

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Magie du mariage des techniques modernes et de la pointilleuse administration gauloise, voilà que mon oncle Jean ressurgissait en quelque sorte me donnant envie de partir à sa découverte.Déjà je trouve extraordinaire que chaque soir après les combats un « plumitif » remplissait consciencieusement une telle fiche de décès, et que par la suite par une série de miracles la dite fiche avait rejoint l’arrière pour y être stockée et échappait au Temps, aux rats, aux inondations, au feu, à une deuxième guerrre, bref à l’oubli ..pour attendre l’ére de la numérisation et la survie. Ainsi je me découvrais un oncle, sergent, un des premiers morts de la guerre encore qu’on ait du mal à bien lire la date du décés, 25, 27 ou 28 aout.

Je me suis remis à lire le manuscrit perdu et retrouvé de mon autre oncle Tony (ce dernier incarcéré par la Gestapo à Fresnes puis à Compiègne avait essayé d’écrire sur un cahier d’écolier l’histoire de la famille en attendant d’être fusillé ou déporté, mais ceci est un autre histoire, ainsi que celle du manuscrit perdu et retrouvé et numérisé avec une patience de bénédictin par Hugues un petit neveu helvète) dans lequel Jean est évoqué brièvement. C’était comme on dit un joyeux luron et un fieffé sauteur la légende familiale prétendant que l’annonce de sa mobilisation avait été saluée avec soulagement par de nombreux cornars dans la bonne ville de Charleville.

Et puis j’ai retrouvé toujours grâce à Internet le Journal de Marche du 91ème Régiment d’Infanterie et donc indirectement quelques trâces des derniers jours du Sergent Jean.

Petit rappel historique :

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Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en juillet 1914

Suite à l’assassinat du Prince héritier de l’Empire Austro-Hongrois à Sarajevo, c’est la mobilisation générale en France dés le 1er aout, et dés le 3 aout l’Allemagne déclare la Guerre, le 91ème RI basé à Charleville se trouvant en première ligne. Selon le plan Von Schliefen les Allemands envahissent la Belgique neutre (et dire que la leçon ne sera pas retenue et le même déferlement aura lieu en mai 1940) et occupent Mons et Namur. Pour éviter l’encerclement de la Vème armée le Général Lanzerac décide de reculer par le Sud-Ouest de Charleroi et pour cela il faut sacrifier le 91ème RI chargé de sécuriser l’aile orientale. Le sauvetage de la Vème armée permettra quelques semaines plus tard l’arrêt de l’invasion à la Bataille de la Marne (on est encore dans la guerre de mouvements, chaque partie pensant qu’une victoire scellerait rapidement le conflit). C’est dans le cadre de cette bataille de Charleroi, que le sergent Jean a été tué fin aout à la tête de sa section en défendant un carrefour stratégique au lieu dit La Thibaudine et son corps n’a jamais été retrouvé.

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Le Caporal André Peugeot le premier tué de la Guerre.

Extraits du Journal de Marche du 91° RI :

 » I – Mobilisation et premiers combats 1er aout 1914 – 23 aout 1914.

Le 1er aout le 91°RI s’embarque en chemin de fer à Charleville. Malgré l’émotion générale, le silence le plus receuilli ne cesse de régner jusqu’au moment du départ des trains, où, d’un même coeur et avec la même foi , tous entonnent la Marseillaise.

Débarqué à Stenay, le jour même, le Régiment gagne les emplacements prévus par le dispositif dit « de couverture », dans une région qui prolonge les Hauts de Meuse, au nord-ouest de Stenay ; il stationne dans la région de Vittarville, incorporant son 2ème échelon et de tenant prêt à toute éventualité.

Le 10 aout, le 91°, qui est en position d’attente entre Mangiennes et Pillon, reçoit la mission d’arrêter l’ennemi, de le forcer au combat pour évaluer ses forces. Appuyé par de l’artillerie, un bataillon ennemi se dirige sur Mangiennes. Il ne peut continuer sa progression enrayée par les feux de mousqueterie des 2° et 3° bataillons ; il se voit même obligé de se retirer en désordre, laissant aux mains du 91° deux canons de 77, trois mitrailleuses, et abandonnant sur le terrain de nombreux morts et blessés. Cette première rencontre avec l’ennemi marque le premier succès du 91° RI., auquel l’ordre n°3 de la 4° DI du 14 aout 1914 apportait « les vives félicitations de son chef le Général Rabier, pour avoir rempli brillamment son rôle de couverture ». Le Colonel Blondin et le Commandant Beslay étaient cités à l’ordre de l’armée.

L’ennemi, inquiet de la résistance rencontrée ne renouvelle pas ses tentatives les jours suivants. Jusqu’au 20 aout le Régiment stationne entre la Chiers et la Meuse.

La mobilisation et la concentration des troupes sont à cette époque terminées. La 4° DI., dont fait partie le 91° est rattachée avec le II° C.A et  la IV° armée (Général Langle de Cary); les troupes vont maintenant « se mettre en marche vers les grandes batailles qui décideront du sort de la France, de sa grandeur ou de son abaissement, de sa tranquillité future ou de son asservissement à la brutalité allemande « . (Ordre n°5, 4° DI).

La IV° armée, qui a l’ordre d’attaquer, se dirige vers Neufchateau. Le 22 aout 1914, le 91°, flanc garde de la 4° DI s’engage dans la région boisée et très accidentée de l’Ardenne belge ; un épais brouillard règne sur la contrée. La présence de l’ennemi étant signalée, le Colonel Blondin prescrit au 3° bataillon de s’établir sur le plateau à l’Est de la route Villeers-la-Loue-Houdrigny ; le 1° bataillon garnit la crête entre Houdrigny et Robelmont ; le 2° bataillon est en réserve. En débouchant sur le plateau le 3° bataillon est accueilli par une violente fusillade, des feux nourris de mitrailleuses , des rafales serrées de 77. La situation est pénible, les pertes sont sérieuses. Le Commandant Barrard, blessé, reste à la tête de son bataillon ; les hommes encouragés par cette exemple, s’accrochent au terrain qu’ils ne cèdent pas. Appuyé par l’artillerie divisionnaire, le 2° bataillon reçoit l’ordre de reprendre l’offensive. Tous font preuve du même courage, mais se heurtent aux mêmes difficultés. L’ennemi concentre sur ces unités le feu violent de ses batteries lourdes ; à son tour le 2° bataillon est immobilisé, son chef, le Commandant Beslay, est blessé grièvement Jusqu’à la nuit, le régiment continue à se cramponner à ce terrain dont il ne cèdera pas un pouce, jusqu’au moment , où vers 23 h, il recevra l’ordre de repli. La retraite va commencer.

II -La Retraite – La Marne 22 aout 1914 – 6 septembre 1914.

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Carte Michelin montrant le village d’Yoncq et le lieu dit la Thibaudine, lieu de violents combats lors de la retraite du 91° RI couvrant l’aile droite de la IV° armée.

Suivant l’ordre général de repli, le 91° RI se porte dans la direction de Grandpré par Stenay. Le 28 aout, le régiment est mis à la disposition du XIII° CA., pour attquer sur Yoncq et couvrir la retraite ; l’offensive ennemie est momentanément enrayée. Le Capitaine Coulaux, commandant un groupement de 2 compagnies, réussit à se porter en vue de Villemontry, grâce au désordre que son initiative a porté chez les Allemands, il parvient à rejoindre le régiment sans être inquiété. »

Et le journal de marche du 91° continue ainsi jusqu’à la fin de la guerre . Il faut saluer l’abnégation, le courage, la persévérance de ceux qui ainsi jour aprés jour étaient chargés de témoigner par écrit des activités d’une unité combattante le tout en maniant avec la plume, la litote et la pudeur. Un grand merci à Jean-Claude Philippot qui a numérisé ce Journal de Marche pour qu’il soit accessible à tous sur le Net.

Revenons au dernier paragraphe ci-dessus qui parle de l’engagement autour de Yoncq le 28 Aout ; la Thibaudine étant proche de ce village on peut en déduire que la mort du Sergent Jean  7R a lieu le 28 aout et voilà levé le doute apparu sur la fiche de décès sous les ratures du secrétaire de compagnie.

La Thibaudine carrefour commandant la route vers Verzier et donc Reims, on peut imaginer que le Sergent et sa section ont été sacrifiés pour  assurer la retraite de la IV° armée vers Vitry le François où début septembre sur l’initiative du Général Joffre elle participera à la Bataille de la Marne qui stoppera l’avançée ennemie et marquera la fin de la guerre de mouvements (technique traditionnelle des belliérants depuis le Moyen-Age) et l’avénement de l’horreur stupide et inutile de la guerre des tranchées.

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Vue aérienne du lieu dit la Thibaudine près du village de Yoncq dans les Ardennes.

Revenons au fameux manuscrit perdu et retrouvé (comme celui de Saragosse) document écrit par l’oncle Tony entre mars 1943 et septembre 1945 à une période de sa vie dont il pensait la fin proche afin de témoigner de l’histoire de la tribu des 7R. Document retrouvé et numérisé par mon jeune petit neveu Hugues entre 1995 et 1998 par la grâce ou la faute d’une longue interruption pour cause de jambe cassée. Et voici la partie consacrée à Jean.

« Jean, son frère puiné, un beau garçon brun de 1m90 rompu à tous les sports, titulaire de la Médaille d’EPS du Ministère de la Guerre et dont les orages de jeunesse commencèrent dès le lycée, s’engagea dés 1912 au 91° Régiment d’Infanterie à Charleville. Sergent à la déclaration de la guerre, il fut tué dés le 28 aout 1914 à la Thibaudine sur les crêtes de Yoncq à Beaumont près de Sedan ; il n’avait que 22 ans…

…Sa mort a été racontée à l’oncle Tony par un camarade et frère d’armes de Jean, le sergent François d’Izarny-Gargas (fils du Colonel commandant le 132° RI) dans la lettre suivante :

Tranchées de l’Argonne, 8 novembre 1914, Mon cher camarade, je reçois votre lettre du 29 octobre et m’empresse aussi bien que je peux dans mon terrier. Auparavant, je vous dirais que j’ai envoyé il y a quelques jours, tous les renseignements que je ous envoie à Madame votre Mère par l’intermédiaire de la mienne. Donc voici les faits qui m’ont forçé à pleurer depuis deux mois certainement mon plus cher ami et mon camarade le plus dévoué ; car il est inutile de vous dire que notre camaraderie, qui était déjà quasi fraternelle en temps de paix, était devenue depuis le début de la guerre une union que seule la mort pourrait rompre : enfin notre seule consolation est de pouvoir dire qu’il est mort en brave, le fusil à la main, et d’un autre coté il n’a pas souffert car la balle qu’il a reçu à la tête l’a foudroyé. Pour en revenir aux faits, Jean a été tué vers midi le 28 aout, en faisant l’assaut des crêtes de Yoncq, près dela femre de la Thibaudine, dans les environs de Beaumont près de Sedan. Malheureusement le soir, nous avons battu en retraite, forçés comme nous l’étions à ce moment là, et son corps a dû être enterré soit par nos infirmiers, soit par les Allemands, mais où ???….

Le sergent d’Izarny, qui n’avait que 21 ans, fut tué à St-Hubert en Argonne le 13 novembre, 5 jours après avoir écrit ce qu’il savait sur Jean, dont le corps ne fut jamais retrouvé. En 1927 l’oncle Tony et sa femme ont été en pélerinage à la Thibaudine mais les champs n’ont pas livré leur secret.

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Document officiel attestant de la disparition du corps du Sergent Jean.

Reprenons le manuscrit de l’oncle Tony pour terminer par une note plus joyeuse :

« … Malgré sa turbulence et quelques fois sa violence, l’Oncle Jean était un garçon au coeur sur la main. A Charleville il faisait parti du Cercle des Chevaliers de Gonzague, club assez fermé de la jeunesse dorée de l’endroit et qui selon la rumeur publique, en dehors de fréquentes et fraternelles agapes avait surtout pour mission de consoler les cocus ; et pour être sûrs de ne pas y faillir, ces chevaliers ne se manquaient pas d’en faire… ».

C’était donc , en quelque sorte ma modeste contribution, en cette période de commémoration du 90ème anniversaire de la fin de la Grande Guerre et surtout un afectueux salut à mes ancêtres les 3 frères Jean, Antoine et Pierre, mes 2 oncles et mon père.

Remerciements à l’anonyme secrétaire qui a tenu à jour les fiches de décès du 91° RI en aout 1914, aux anonymes qui ont tenu le Journal de Marche pendant cette même période, à mon petit neveu Hugues qui a numérisé le manuscrit de l’oncle Tony, à Patrick Pen auteur de la photo d’ouverture, à  Jean-Claude Philippot qui a numérisé le Journal de Marche du 91° RI.

PS : par le hasard un moteur de recherche m’a fourni le site référençé ci-dessous et concernant les élèves du Lycée Faidherbe à Lille morts pour la France en 1914-18 et j’ai donc trouvé une fiche sur Jean 7R que l’on peut consulter en cliquant à l’adresse ci-dessous . Et petit mystère notre héros ne mesure plus que 1.82 cms. Alors 1.82 ou 1.90 il s’agit là du mystère absolu qui désormais ne pourra jamais être éclairci.

Et remerciements à Mr Desnoyelle responsable de ce formidable travail de mémoire.

http://www.faidherbe.org/site/denoyelle/14-18/seitert_j.htm

PS : quelques semainesplus tard j’ai reçu un courriel de Mr Vincent Denoyelle qui s’occupe du site des anciens du Lycée Faidherbe et qui m’ acommuniqué un document du Jean Seitert, sa fiche d’Etat Civil. Et daprès lui l’oncle Jean était effectivement grand, 1.90m plutôt que le 1.82m annonçé. Remerciements à nouveau .

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Incroyable mémoire des textes écrits qui traversent le temps !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires»

  1. mon grand oncle Germain Sizaire etait dans le même régiment que le votre il a été tué le 24 aout 1914 par la généalogie j ai retrouvé tout ceci bernadette Sizaire
    Chère lectrice inconnue, voici encore un des miracles d’internet : découvir ainsi ce lien ténu à savoir avoir 2 mebres de notre famille parmi les premiers tués de la Grande Guerre. Amitiés très cordiales.

  2. G.Sizaire figure sur le monument aux morts de Vicq 59 mais la famille n a pas récupére son corps en est il de même pour votre famille????
    Bernadette Sizaire.
    Décidément 2 destins parallèles. Le nom de Jean Seitert apparait sur le Monument aux Morts du Crotoy, et le corps n’a jamais été retrouvé. Quand j’étais petit en passant à l’Arc de Triomphe mon père me disait que c’était peut-être mon oncle Jean qui se trouvait dans la tombe du soldat inconnu. Dans les années mon autre oncle Tony est allé sur les lieux de la bataille à la Thibaudière pour enquêter auprés des habitants mais il n’a pu trouver aucune traçe. Nous avons donc deux disparus au sens propre comme au sens figuré. Amitiés

  3. bien souvent nous nous sommes poses la question de savoir si aussi ce pouvait etre GERMAIN qui était sous l arc de triomphe quelle drôle de chose que l on n ai pas retrouve leurs corps ils sont bien quelque part amities Bernadette Sizaire
    Il y a eu de nombreux trop nombreux disparus pendant cette Grande Guerre (et aussi dans les autres) les coprs pouvant être totalement désintégrés par les obus et par les bombres, toute l’horreur de la guerre ; c’est à cette question lancinante des familles qu’a répondu le Gouvernement avec le tombeau du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile.

  4. dernierement des australiens sont venus récupérer les restes d un de leur parent pour l enterrer chez lui je pense qu ils se sont servis de l ADN il etait dans le nord de la France

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